16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 21:16

Le rendez-vous est pris:vendredi 4 avril Deportivo au Café Charbon à Nevers. Jérôme me reçoit et me fait patienter une dizaine de minutes. Murs tagués, canapés et toute l'équipe présente dans la pièce. Le groupe chambre, rigole, joue quelques morceaux et chante comme on chanterait chez un pote qui aurait pris sa guitare à la fin d'une soirée un peu arrosée...

Cette scène résume "l'état d'esprit Deportivo". Simplicité, plaisir et musique...

Puis, Jérôme se prête au jeu des questions-réponses. Ca sent la franche camaraderie et l'envie de raconter son bonheur de pouvoir jouer sa musique sur scène, au contact du public.

Le concert qui suit confirme cette première impression, la proximité avec le public est palpable. Les chansons s’enchaînent et la magie opère.

Un beau moment de simplicité, de plaisir et de musique...

Deportivo : Simplicité, plaisir et musique...
Deportivo : Simplicité, plaisir et musique...

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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 20:40

« Deportivo » ce nom est lié avec le foot c’est ça ?

Non, pas vraiment. Mais lorsqu’on a cherché un nom de groupe, Julien a sorti toute une liste de noms de clubs de foot. Ca sonnait pas mal et puis c’était plutôt un hommage à la Mano Negra. Tu sais, on vient de Bois d’Arcy, ce n’est pas très loin d’où venait Manu Chao. L’idée était de former une sorte de clan. C’est cette idée qu’on avait de la musique. Et Deportivo ça sonnait correct.

Une décennie s’est écoulée depuis vos débuts ; que retires-tu de ces dix ans… Ta vision de la musique a changé?

Quand on est arrivé, les disques se vendaient plus, c’est certain. C’était aussi plus facile de vivre de sa musique. Maintenant, l’étau se resserre un petit peu mais il y a toujours des mecs qui vendent des millions d’albums. Ca ressemble un peu à la société : la « middle class » en prend un coup. C’est aussi valable pour la musique : il n’y a plus de classe moyenne, soit tu es « upper class » soit « working class ».

Comment tenir aussi longtemps, la longévité d’un groupe n’est jamais si longue ?

Je ne sais pas. Nous on n’a jamais eu un succès massif. On est juste des amis d’enfance, je suppose que ça aide.

L’album « Parmi eux » a quand même rencontré le succès…

Tu sais, on a toujours été un groupe alternatif. On n’a jamais été un groupe de masse. Rien n’a changé à ce niveau là. On remplit toujours des salles comme la Cigale. C’était comme ça au début, c’est encore valable maintenant. Mais comme on est moins exposé médiatiquement, les gens ont l’impression qu’avant c’était plus fou mais c’est faux. La dernière fois qu’on a joué à la Cigale, à Toulouse ou à Rennes, les gens étaient fous et c’était super. Maintenant on a tenu dix ans grâce à l’amour de la musique. C’est la seule raison pour laquelle on est là. Ceux qui ne tiennent pas c’est peut-être qu’ils ne s’entendaient pas tellement ou la musique n'était qu'une manière d’accéder à la notoriété… On n’a pas fait ça pour devenir célèbre mais parce qu’on aimait la musique. Il n’y avait pas d’autres choix : c’était une nécessité de faire de la musique.

"On n’a pas fait ça pour devenir célèbre mais parce qu’on aimait la musique."

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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 20:19

Vous étiez chez Barclay… maintenant c’est fini.

En fait, on sentait ça depuis le premier album.

Ah oui ?

Ben oui, il faut vendre des disques. Et puis, à un moment ils ont dit « non, on arrête ». Mais ça ne nous a posé aucun problème. On n’a pas été assommé. On a quand même fait trois albums avec eux. On avait fait le tour du sujet. Et les mecs sont plutôt sympas, il n’y a aucune animosité. Maintenant, on n’est pas mécontent d’être tout seuls.

Et justement Titanic records, votre label… c’est de l’humour noir ?

Oui c’est de l’humour noir. En fait, on avait appelé notre local de répétitions le Titanic studio. Julien avait dessiné sur notre porte un bateau qui coulait parce que l’orchestre du Titanic avait joué jusqu’à ce que le bateau coule. Ca représentait un peu l’industrie du disque. Mais c’est un peu idiot car l’industrie du disque s’en sortira très bien.

Vous vous êtes autoproduits mais pourquoi ne pas utiliser des sites de crowdfunding ?

Parce qu’on n’en a pas eu besoin. On avait un peu d’argent. On a été viré de chez Barclay mais ils ont dû nous indemniser. Et avec l’argent de Barclay, on a pu sortir l’album. Ce système très bien et peut-être qu’on le fera un jour mais l’idée que les gens financent mon disque me ferait culpabiliser. Je n’ai pas envie qu’ils soient déçus. Je ne sais pas comment t’expliquer… ça me mettrait beaucoup trop la pression. Mais qui sait ? Peut-être qu’à un moment j’accepterai l’idée et qu’on le fera. Mais pour l’instant, on n’en a pas l’utilité, on se débrouille et on y arrive.

Domino, votre album, a été plébiscité par la critique… Souvent présenté comme un mélange de pop et de rock. Comment le décrirais-tu votre album domino ?

J’en sais rien. Quand on a commencé on a fait une sorte de mélange entre Miossec, Nirvana, Manu Chao et Louise Attaque. On a fait notre petite soupe avec ça. Aujourd’hui on a voulu refaire quelque chose de spontané en ayant appris plein de trucs avec le troisième album qui avait un peu déboussolé les gens. J’en étais très content. Je ne fais pas de la musique pour faire tout le temps la même chose. Un jour, on sera pop, un jour on sera punk, un jour on sera R n’B… je m’en fous.

"Je ne fais pas de la musique pour faire tout le temps la même chose. "

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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 20:05

Comment écris-tu les chansons…. Vous partez d’un texte ?

Non, jamais ! Les chansons on les fait comme ça : d’abord la musique et ensuite les textes. Ca peut partir de plein d’éléments. Sur l’album précédent, c’est parti des batteries de Julien. Je lui avais demandé de faire les batteries et la moitié des morceaux sont nés comme ça. Il faisait des batteries et je faisais la guitare, le clavier ou les basses. Et puis après je mettais les paroles.

Alors justement, ce clavier. Quand on écoute, ça donne un côté the Doors à vos chansons. Je ne sais pas du tout si c’est voulu. C’est une véritable envie de l’utiliser de cette manière ?

Oui, oui. On a hérité d’un clavier prêté par notre pote Romain Turzi et on s’était dit qu’il ferait la couleur de l’album. On l’a utilisé de fond en comble. Ca nous a plu et sur le moment ça nous a rappelé tous ces groupes qu’on aimait bien comme les Doors… On trouvait que ce clavier était de bon goût. Ce n’était pas non plus très innovant mais on avait juste envie de se contenter de ce qu’on avait et de l’utiliser au mieux.

C’était un vrai plaisir de faire cet album…

Oui, carrément. C’était bien et ça s’est passé assez simplement. Cet album est plus spontané. Le précédent s’est plus fait dans la recherche avec beaucoup de travail. Mais il nous a appris beaucoup de choses. On a cherché et c’est toujours bien de chercher. Et on recommencera à chercher si on nous laisse encore faire des albums.

Avec les bonnes critiques médias de votre album « Domino », vous avez été recontactés par des labels ?

Non, non car plus aucun label veut de nous. C’est comme ça. C’est l’industrie musicale. Je ne sais pas ce qu’ils foutent des fois, car je vois des projets sortir et je trouve ça bizarre. Mais ce n’est pas grave, je n’en veux à personne. Ils ne veulent pas de nous et on ne cherche pas particulièrement à travailler avec un label. Après en distribution, on travaille avec Pias et Yves Lecarpentier. C’est un gars qui aime la musique et qu’on aime. Il distribue les albums et il le fait bien.

"Cet album est plus spontané. "

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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 19:41

Finalement, vous êtes très bien comme ça ?

On est très bien jusqu’à ce que ça ne marche plus. Mais après je pense qu’aucune maison de disques ne voudra nous signer. Donc que si ça s’arrête, c’est un peu râpé pour Deportivo … Mais c’est étonnant car Deportivo existe. On remplit des salles. Alors évidemment, on va dans des villes comme Nevers qui ne sont pas des villes immenses. On ne se retrouve pas au Zénith de Paris mais comme je te le disais quand on joue à la Cigale, c’est plein. Quand on joue dans des clubs de quatre cents à six cents places, c’est plein aussi. Maintenant, s’ils ne veulent pas de nous, ils ne veulent pas de nous… En fait, je m’en fous. Je suis juste un peu surpris parce que si nous on n’est pas signé dans une maison de disques, ça va être difficile pour d’autres groupes. Là, j’ai entendu dire qu’il y a des labels qui veulent recommencer à suivre l’idée de signer plein de groupes, de jeter tout ça en l’air et de voir celui qui colle au plafond. Les autres n’ont plus qu’à dégager. Ce n’est pas très délicat, ce n’est pas poli. Je trouve ça assez vulgaire… Mais par contre, il y a encore des labels qui font un travail sincère. Jamais je ne vais diaboliser le métier. Chez Barclay, par exemple, il y a plein de gens bien qui aiment la musique.

Tu me parlais de tes concerts dans les petites salles mais pas de printemps de Bourges ni de Francofolies ?

Non, non, rien. On ne fait aucun gros festival mais c’est parce qu’ils ne veulent pas de nous. Personne ne veut nous programmer dans les festivals réputés de première division. Mais c’est comme ça, c’est la vie. Il n’y a rien à dire. C’est comme les gens qui m’écrivent sur facebook ou sur notre site en nous disant « vous ne passez pas dans telle ville ou telle ville… ». Mais ce n’est pas nous ! C’est le programmateur de la salle locale qui ne veut pas de nous car nous on adorerait passer dans toutes les villes de France. Mais attention, on finit quand même avec une tournée de 80 dates. Alors ce n’est pas souvent la grosse ville mais plutôt la ville d’à côté. Mais on est très content car on fait de la musique.

Et puis votre public vous suit. Peu importe où vous passez.

On est vraiment content d’avoir ces gens là qui viennent nous voir en concert. Il y a une sorte de fidélité qui est touchante. Et puis il y a aussi leur envie d’oublier le quotidien avec nous, de participer au concert. Les gens sautent, viennent nous faire des bises sur scène. Franchement, notre métier est incroyable. Tu te rends compte ! Dans quel métier tu vas finir ton travail et les gens t’applaudissent ? Ca n’arrive pas. Si mon travail consiste à rendre les gens contents, à leur donner le sourire pour une soirée et leur faire oublier un peu le quotidien, je suis heureux de faire ce que je fais. C’est une chance inouïe. J’ai fait d’autres boulots et personne ne m’applaudissait ou ne repartait avec le sourire après m’avoir serré la main. C’est aussi la raison pour laquelle on continue à faire de la musique. De voir des gens qui ont le sourire à la fin de nos concerts ça donne envie de continuer.

Parce que tout n’est pas tout rose…

Non, c’est compliqué d’écrire des chansons. C’est compliqué d’être dans un groupe. C’est comme dans l’art : quand tu fais de la peinture, ton moment de satisfaction ne va pas durer longtemps par rapport à tous ces moments de travail et de doutes. La musique c’est pareil. Nos moments de satisfaction, ne durent pas longtemps. Ils durent 1h20 quand le concert se passe bien, ou quelques secondes quand on réalise qu’on a eu une bonne idée de chanson. Puis il faut la travailler pour la finir, la structurer. Et ensuite, tu l’as tellement écoutée qu’il est très difficile de l’apprécier. Il y a toujours des défauts. Je ne suis jamais satisfait. Mais il faut continuer et focaliser son attention sur les choses sur lesquelles tu peux avoir prise.

Mais on a quand même beaucoup de chance de faire ce métier.

En voilà une belle conclusion…

Merci Jérôme pour avoir répondu à mes questions juste avant ton concert.

Bonne route et à bientôt!

De voir des gens qui ont le sourire à la fin de nos concerts ça donne envie de continuer.

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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 21:37

Samedi 22 février, festival Poly'sons de Montbrison...

Après quelques mails avec Roy Music et deux coups de téléphone à son régisseur, le rendez-vous est pris dans l'après midi.

Oldelaf descend tout juste de son bus en provenance de Montpellier. Et malgré la fatigue du voyage, il accepte de m'accorder un moment pour parler de lui, de son nouvel album (Dimanche) et de quelques projets. Ce moment va durer une heure!

Suivi par un public fidèle depuis ses prestations avec Oldelaf et Monsieur D, chroniqueur sur Europe1 dans l'émission de Michel Drucker "Faites entrer l'invité", il multiplie les projets en participant notamment au Soldat rose 2 et en préparant un spectacle comique: le projet Michel Montana.

Son actualité musicale du moment? Après le bon accueil reçu par son précédent album et son titre La tristitude, le revoici avec un nouvel opus très prometteur intitulé Dimanche: un mélange de constats et de tranches de vie...

Et que dire de la prestation scénique du soir? Ce fut un véritable spectacle complet balançant entre chansons et mises en scène avec des musiciens très complices. La salle est très vite conquise: ça chante, ça danse et ça rit! Une bonne dose d'optimisme.

C'est peut-être ça l'effet Oldelaf...

L'effet Oldelaf!
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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 21:21

Oldelaf, ça vient de ton nom Olivier Delafosse, alors comment as-tu trouvé ce pseudo ?

Je n’ai jamais été fort en nom de groupe, j’ai toujours eu des noms moisis. Mais quand on a créé Oldelaf et Monsieur D je voulais que ce soit l’histoire de deux personnes. Après, je voulais un nom tranquille et qu’il n’y en ait pas dix. Mais le handicap que j’ai rencontré c’est de faire comprendre qu’Oldelaf ne signifiait rien. En plus, Oldelaf ça n’a pas de consonnance française. Ca fait Suédois ou Anglais. Alors après pourquoi m’appeler comme ça… parce que quelqu’un m’appelait comme ça… et cette personne comptait pour moi, voilà.

Et j’ai vu que tu avais failli abandonner ce nom quand vous avez arrêté Oldelaf et Monsieur D…

Oui, c’est marrant car ça on ne me l’a jamais demandé. C’était la prod qui voulait marquer une césure. Moi, ça m’intéressait de garder le personnage d’Oldelaf car je perdais déjà mon groupe et mes références si en plus je perdais mon personnage, j’avais peur de me retrouver vraiment tout nu. Et puis, du coup, j’ai gardé tout le public qui me suivait avant. Et j’en suis très heureux car ça comptait beaucoup pour moi. Surtout qu’au début, certains pensaient que je voulais arrêter la musique. Moi, je voulais juste tourner une page et aller vers autre chose. Mais le paradoxe, c’est que changer de nom aurait été une aubaine auprès des pros car l’étiquette Oldelaf a toujours eu une connotation. Et les pros et l’humour, c’est toujours compliqué. Certains ne comprennent pas que l’on puisse mélanger la chanson et l’humour, quelque soit le type d’humour. Pour eux c’est faire du Patrick Sébastien. Chose contre laquelle je me bats, et c’est toute l’histoire de ma vie. En changeant de nom, j’aurais eu un destin complètement différent car j’aurais fait accepter plus facilement certaines chansons mais j’aurais perdu tout le public. Et comme le public compte plus pour moi que les pros… On avait quand même fait un beau parcours avec Oldelaf et Monsieur D. Et puis, il y a eu un peu de flou au niveau de la communication. Les premiers concerts ont été durs à remplir. Après l’Olympia complet avec ses 2500 personnes on a eu du mal à remplir le Zèbre de Belleville à Paris avec le nouveau spectacle.

Tu me parlais des pros tout à l’heure. Ca pose vraiment des problèmes de faire de la chanson française en y mêlant de l’humour ?

En fait, les gens veulent mettre les artistes dans des cases. Est-ce que tu fais de la chanson ou de l’humour ? Et à vrai dire, je m’en fous. J’ai fait mes armes dans la chanson, je me sens légitime. L’humour est venu comme ça, sur le terrain. J’aime bien dire des âneries et ça fonctionne en plus. J’ai besoin de ça pour me rassurer sur scène et pour dire des choses dans mes chansons. Dans le spectacle on a un mélange de plusieurs choses : comédie, chansons, lumière, théâtre avec une petite histoire en interne. Ca me va très bien. Mais ce mélange pour les radios est rédhibitoire. Pour la Tristitude on me disait que c’était génial mais qu’on ne pouvait pas la programmer car c’était humoristique…

Pour terminer sur ton nom, est-ce qu’on peut présenter Oldelaf comme un groupe ou une troupe avec ce mélange de comédie et de chansons que l’on peut voir sur scène ?

Il y a une osmose, oui. Oldelaf ça reste moi mais ça englobe aussi les musiciens qui sont importants pour moi. Maintenant, ils ont tous des noms de personnages. Les gens font certainement l’amalgame mais ça ne me gêne pas du tout parce qu’on a un fonctionnement qui ressemble à un fonctionnement de groupe même si ça reste mes chansons. C’est moi qui prends les décisions et qui traite la prod. Par contre musicalement, on fait les arrangements ensemble. Pour résumer, on peut dire que sur scène Oldelaf est un groupe mais sur les disques c’est moi.

"Alors après pourquoi m’appeler comme ça… parce que quelqu’un m’appelait comme ça… et cette personne comptait pour moi, voilà."

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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 21:13

Tu as commencé la musique jeune et tu as fait le conservatoire. Tu as déclaré que tu avais vraiment commencé la musique quand tu as arrêté le conservatoire, c'est-à-dire ?

Ah oui, je défends haut et fort cette phrase. J’ai fait 5 ans de solfège et de piano au conservatoire. Et pendant ces 5 ans là, je n’ai pas fait de musique mais j’ai plutôt appris à lire des notes sans écouter vraiment ce que je faisais. Et le pire était le solfège. Je ne sais pas comment c’est enseigné maintenant, mais c’était très scolaire : « Apprenez des choses par cœur et vous verrez plus tard à quoi ça peut servir ». Alors qu’il y a des choses merveilleuses dans le solfège à comprendre très vite. J’ai été prof de musique moi aussi par la suite, et j’ai toujours essayé de faire comprendre que la musique c’est l’art de l’oreille. Il faut apprendre à éduquer l’oreille et entendre ce qu’on joue. Il vaut mieux sensibiliser les oreilles et après mettre des mots ou des noms. Tu vois en audition, j’étais nul et en dictée je ne comprenais pas ce qu’on me demandait de faire, alors que je n’étais pas un mauvais pianiste. Le jour où j’ai arrêté le conservatoire, je suis passé derrière mon piano et j’ai vu ce que ça faisait quand j’appuyais là ou là… J’ai arrêté le conservatoire vers 13 ans, et je ne savais jouer que trois morceaux sur partition dont je me souviens encore. Et vers décembre de mes 14 ans, je deviens pianiste de bar. J’ai joué, joué, joué, joué et surtout j’ai compris car j’entendais les choses. Jusqu’à 18 ans je jouais tout le temps du piano (2 heures tous les soirs) et de la guitare. Car c’est ce que je voulais faire à la base mais au conservatoire le jour de l’inscription le mec m’a dit que je ne ferais jamais de guitare car je me rongeais les ongles. Autre exemple…

Ce n’est pas une belle image…

Non, mais je n’ai pas une bonne image du conservatoire. Par la suite, je suis revenu voir mon ancienne prof de piano entre deux cours pour lui dire que je n’avais jamais arrêté de jouer, que je étais vraiment passionné. Elle m’a répondu « c’est trop tard, vous avez arrêtez un an ». Enfin voilà le résumé du conservatoire. Mais, j’ai été comblé à la fac de musique. Les profs n’étaient pas cloisonnés, c’étaient des êtres humains, vraiment qui enseignaient la musicologie au travers d’œuvres classiques et tu pouvais parler avec eux de musiques de dessins animés ou de musiques de films…Et là, j’ai pu mettre des noms sur ce que j’avais appris de mon côté. Et ça a été un enrichissement incroyable.

Et après tu es devenu prof. Pourquoi as-tu voulu enseigner la musique, surtout après ton expérience du conservatoire ?

Je voulais transmettre. J’ai commencé par être prof particulier de piano et de guitare à partir de 17 balais. Je voulais faire comprendre aux gens que sur le papier il y a le moyen de transmettre la musique et qu'il faut penser à écouter tout ce que l'on fait. Il y a une phrase qu’on m’a donnée à la fac, ça résume beaucoup de choses je trouve : « le mauvais musicien n’entend pas ce qu’il joue, le musicien entend ce qu’il joue et le bon musicien entend ce qu’il va jouer ». Ca résume tout. Et du coup, par dérivation, tu prends des œuvres qui existent et puis tu les emmènes où tu as envie. C’est une puissance incroyable ! C’est comme la page blanche. En écriture, il n’y a rien de plus excitant. Tu sais que tu as un stylo et une feuille blanche et tu as moyen d’écrire le plus beau des poèmes qui n’a jamais été écrit. Tu as assez de mots pour le faire. Maintenant, il faut juste trouver dans quel sens les mettre, quels mots choisir, comment utiliser la conjugaison, la ponctuation, la respiration pour faire un poème voire carrément un livre.

« Le mauvais musicien n’entend pas ce qu’il joue, le musicien entend ce qu’il joue et le bon musicien entend ce qu’il va jouer .»

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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 20:53

Alors toi justement comment fais-tu pour construire tes chansons ? Tu pars du texte ?

Non, je ne m’engage pas dans un texte tant que je n’ai pas la musique. Par contre, ça m’arrive assez souvent d’avoir la musique mais de ne pas avoir trouvé encore la solution pour le texte. Mais ce n’est pas bon signe, si j’ai une musique que j’aime beaucoup mais qui reste sans texte pendant longtemps. Je devrais apprendre à oser laisser mes musiques à d’autres auteurs. Je ne l’ai jamais fait car finalement ce qui m’a rendu célèbre ce sont plutôt mes textes. Mais ce qui me rassure, c’est que même les très grands de la chanson française rencontrent le même problème. Francis Cabrel me disait que sur le Soldat rose, il est allé très vite parce qu’il n’avait pas les paroles à faire. Mais c’est plus difficile pour un album, car à partir du moment où tu réfléchis à ce que t’écris et que tu veux de la qualité, cela prend du temps.

C’est donc plus facile pour toi de faire la musique que de faire le texte.

Ah oui, toujours.

Alors écrire un texte humoristique, c’est encore plus difficile…

J’ai vraiment eu à le faire à l’époque de Oldelaf et Monsieur D et pour Europe1 ; Maintenant, dans Oldelaf, j’ai une grande liberté. Si j’ai une chanson drôle tant mieux si ce n’est pas le cas, ce n’est pas grave. J’ai plus cette pression là. J’ai aussi le droit d’avoir une chanson drôle que sur la chute comme dans La belle histoire. Ce qui n’était pas le cas sur europe1 où là il fallait faire rire sur la durée. Et là, il faut que tu réfléchisses presque plus sur la forme que sur le fond. Donc j’ai des chansons comme la peine de mort où les gens se marrent à chaque phrase et j’en ai d’autres comme Bérénice, que j’adore, car les gens ne savent pas où tu les emmènes. Le public peut se dire, si le gars chante ça sérieusement, il est grotesque. Et puis ça part en vrille total. Et ça ça me plait.

"Non, je ne m’engage pas dans un texte tant que je n’ai pas la musique."

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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 20:39

Dans ton nouvel album Dimanche, l’humour est toujours présent mais j’ai l’impression que tu laisses une place plus importante à la nostalgie et à une critique de la société. Je me trompe ?

Je ne suis pas très objectif car il y a tout ce que je voulais faire et tout ce qui se ressent. A personne différente tu ne peux pas utiliser la même blague. En plus, il faut parfois accepter d’être où on ne veut pas être. Moi, je n’ai pas calculé le rire, il fait partie de moi. La musique, oui, je voulais depuis que j’étais enfant. Mais voilà, c’est devenu une alchimie entre mon public et moi. En soirée, je ne suis pas la personne la plus drôle, j’ai de bonnes phases de temps en temps. Mais je l’ai vraiment travaillé. Je te dis ça car aujourd’hui il y a des moments où je fais rire sur scène que je ne calcule pas. Quand je dis « il ne fait pas bien chaud », ça fait marrer, mais si c’est quelqu’un d’autre qui le dit, il n’y a pas de réaction. Et ça ça me dépasse un petit peu mais j’en joue. C’est pareil pour les textes. Dans cet album, je suis moins allé dans le gag mais je trouve cet album plus optimiste et moins sombre car il prend les problèmes du bon côté. Dans Le bruit, il y a des choses graves mais je trouve la chanson plutôt optimiste. Le Kleenex même si elle parle de la vie et de la mort, elle n’est pas du tout critique. Dans le précédent, il y avait des chansons très sombres comme Le testament. Joli dimanche est une chanson très mélancolique mais pas grave du tout. C’est juste quelqu’un qui n’arrive pas à construire son histoire. Maintenant, le nom de l’album Dimanche a un petit côté déprime-nostalgie mais je crois que c’est le mélange de ce que je suis.

Tu as été libre dans le choix de tes chansons ? On ne t’a pas demandé d’enlever certains titres ?

Je n’ai pas été le seul à le faire, par contre j’ai mon mot à dire car c’est surtout moi qui vais devoir en répondre dans vingt ans même si je ne suis plus avec la même prod, le même réalisateur ou mon manageur. Le domaine dans lequel je ne fais pas le choix, à tort ou à raison, c’est pour le single dans l’album. C’est donc La belle histoire qui a été choisie. Plusieurs des partenaires étaient d’accord, et sans se concerter. A partir de là, j’ai envie de leur faire confiance. Maintenant je ne trouve pas que ce soit la chanson la plus originale mais je me reconnais. Un album, ça se construit avec des personnes. A partir du moment où tu les invites à travailler avec toi, il faut aussi que tu acceptes leurs remarques et leurs conseils. Cette méthode m’a toujours été bénéfique.

Sinon, on t’annonce au Zénith de Paris le 29/11 ; mais j’ai vu que tu allais aussi jouer à Nancy. Tu leur prépares quelque chose ?

Je vais déjà jouer la chanson Nancy. Maintenant je me réserve le droit de préparer le terrain parce que je vais essayer d’expliquer certaines choses.

Mais tu penses qu’il y a vraiment besoin d’expliquer ?

Oui, car quand tu touches à la terre, tu touches à un honneur. C’est juste une chanson certes, mais qui touche à des choses importantes pour les gens de Nancy. J’ai eu des retours positifs et négatifs mais même les gens qui comprennent mon humour m’ont demandé pourquoi. Il y a eu toute une page dans le journal l’est républicain avec la réponse du maire et toutes les paroles sont parues. Ca a été une petite affaire. Ca aurait été beaucoup plus grave si j’avais été plus connu à l’époque Je vais juste me permettre de présenter les raisons de cette chansons. Ca ne touche pas à la ville elle-même. Ca aurait pu s’appeler Montbéliard ou Marseille ou Brest. Je le ferai mais je ne peux pas dire que je suis complètement rassuré mais il est évident que dans tout ce que j’ai fait dans ma carrière, je n’ai jamais voulu faire de peine aux gens. Je veux rire avec eux. Donc voilà, je suis content d’aller jouer à Nancy mais je ne sais pas du tout comment ça va se passer, on va voir.

"L’album Dimanche a un petit côté déprime-nostalgie mais je crois que c’est le mélange de ce que je suis."

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  • : Les humeurs de Steph
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  • : Cherche à mettre en place des relations musicales autour de textes ou de musiques. Interviews d'artistes ou textes de chansons... J'écris, j'écris, j'écris encore et toujours...
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Déjà dans les humeurs de Steph: Brune, Lisa Portelli, Je Rigole, Les 3 fromages, duo des falaises, Charles-Baptiste, Joseph d'Anvers, Clara Plume, Dyne, Pascal Pacaly, Odyl, Lussi in the sky, Billie, Juliane Chleide, BAB, Anouk Aïata, Oldelaf, Deportivo.

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